INTERVIEW : Y.B.                         

Février 2008

Y.B.

Un verre d’eau sur la table basse. Et d’entrée, un aveu : « Je suis dans un état de stupeur. Ça remonte à septembre 2001. Quelque chose qui a eu tellement de conséquences sur la marche du monde. Le roi, soudain, était nu. Le monde se retrouvait à poil ». La voix est douce, posée : arrivé en France voilà dix ans en provenance d’Algérie, Y.B., 40 ans, est en promo pour son nouvel et cinquième roman, le très réussi Commissaire Krim. Roman, oui ; polar, aussi… et tellement autre chose ! Avec l’auteur, on se balade allègrement du côté des San Antonio, mais aussi des Marx Brothers, des premiers Woody Allen ou encore chez Jerry Seinfeld. Donc, on résume : une jeune femme, Zayneb Boulimane, est retrouvée morte, la tête sauvagement écrasée, à un jet de pierre de barre d’immeuble-. Zayneb était croyante et voilée. Le commissaire Krim mène l’enquête chez les islamistes barbus et la racaille de la cité en pleine ère sarkozyste. Très certainement, le livre le plus comique de la saison. Rencontre avec un auteur qui revendique une seule envie : faire rire les gens.

Ce Commissaire Krim de la Crime, comment est-il arrivé jusqu’à vous ?
C’est une très vieille histoire. Ça remonte à une quinzaine d’années, j’étais encore en Algérie. A l’époque, je voulais écrire un San Antonio beur. Parce que j’ai toujours éprouvé l’envie de faire rire les gens. Journaliste à Alger, j’animais les pages Loisirs d’un journal, j’y faisais du Monthy Python ! Dans le même temps, j’ai essayé de lire un San Antonio, je n’y suis jamais parvenu- ce n’est pas de ce siècle, pas de ce monde… Et puis, l’été dernier, j’ai fouillé dans les archives de mon ordinateur. J’y ai retrouvé un texte de quatre pages, c’était Commissaire Krim

De ce roman, doit-on dire que c’est un « polar » ?
Ce n’est pas un polar. C’est un divertissement. Le propos du livre est simple : faire rire… Et comme je n’ai pas le physique pour faire rire sur scène, il me reste l’écriture ! Mais, dans ces pages, il y a d’autres enjeux- comme, par exemple, le racisme anti-blanc.

Dans l’équipe du Commissaire Krim, les personnages se vouvoient…
… parce que je pense que ça accentue l’effet comique. Une situation complètement déjantée, et des personnages qui se vouvoient… Et puis, c’est la réalité : dans la police comme dans la plupart des professions, on vouvoie son supérieur…

Au contraire d’un San Antonio, il n’y a dans votre texte quasiment aucun mot grossier !
C’est le grand comique américain Jerry Seinfeld qui a dit, un jour : « Dans mes stand up, il n’y a jamais un gros mot parce que le gros mot, c’est la facilité… »

Dans votre écriture, il y a aussi un rythme effréné, échevelé… Comme si, pour un film ciné, vous tentiez de mettre le plus d’images possibles à la seconde !
Je dirai simplement que je travaille la fluidité pour proposer un texte le plus démocratique possible. Et ça ne m’interdit pas quelques envolées. Bon, d’accord, parfois ça peut partir un peu loin comme le passage avec les Beatles nazis. Mais en fait, c’est aussi l’histoire d’un auteur qui, de par sa nationalité, est interdit d’écrire sur les natives, les FDS- les Français de souche… Je ressens comme une espèce de « Rentre chez toi, maintenant c’est fini » : j’ai été le produit de ce qui peut arriver de pire pour quelqu’un comme moi, quelqu’un de solitaire. Et puis, est arrivé le Commissaire Krim !

Justement, vous éprouvez de la tendresse, de l’empathie pour ce Krim qui se définit ainsi : « Je ne suis PAS musulman ! Combien de fois devrai-je répéter que ce n’est pas un truc qu’on chope par sa mère à la naissance, comme le judaïsme ou une maladie génétique ! Il faut se convertir. Et je n’ai fait ni mon baptême, ni ma première communion, encore moins ma confirmation ! »
Mais, pour moi, le commissaire Krim est un personnage secondaire. Les autres personnages sont primaires… Et j’ai cherché, dans ce texte, à dessiner des personnages unidimensionnels. J’ai travaillé sur la mécanique du récit pour proposer la chose la plus simple possible. Je voulais une comédie de situation- d’autres appellent une sitcom !

On a la sensation, en suivant Krim et les autres, qu’il y a de la série dans l’air. Qu’il va y avoir d’autres aventures…
J’ai cherché, je le répète, à proposer une comédie de situation. En respectant ses règles : la rapidité dans les dialogues et les répliques, pas de gimmick trop facile… D’accord, le commissaire Krim en a un : « J’ai dit quoi ?... C’est ce que je voulais dire ». Et dans mon esprit, Commissaire Krim est un pilote, non pas le premier volume d’une série… Là, en ce moment, j’écris une nouvelle aventure et je fais arriver le supérieur hiérarchique de Krim. Toutefois, avant de parler de suite, attendons de voir l’accueil du public pour ce Commissaire Krim !

Et si, en d’une formule, vous deviez présenter Commissaire Krim
… je vous dirais alors que le livre en lui-même est une farce ! Et qu’avec des phrases courtes et des images très fortes, la littérature y fait écran au comique… Oui, Comissaire Krim est un laboratoire comico-littéraire !

Propos recueillis par ©Serge Bressan

  >A lire : Commissaire Krim, de Y.B. Grasset, 236 pages, 17,90 €.

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