INTERVIEW : Jean-Marie BIGARD                         

Octobre 2007

 

Evidemment, il ne peut s’en empêcher. Faire le clown- et vite, un aveu : « Trente ans que je fais le clown ». Jean-Marie Bigard- 53 ans depuis avril dernier, est l’humoriste préféré des Français, des sondages le certifient régulièrement. Et dans ses spectacles, il n’hésite à « mettre le paquet » ou encore « bourrer le Stade de France ». Parce que Bigard, c’est ça, le poète des « bite, poil, cul »- il ne craint pas de le revendiquer haut et fort. Mais voilà, derrière ce masque de clown, se cachent des blessures, des fêlures, des tragédies : une mère morte du pancréas, un père assassiné, une épouse qui ne peut pas avoir d’enfant, et lui qui soufre de diabète- et là, tout ça, ce n’est pas du spectacle, du show… Dans son autobiographie qui vient d’arriver en librairie : Rire pour ne pas mourir, pour la première fois l’humoriste se raconte. Sans retenue mais sans voyeurisme. Avec un aveu cinglant : « Je ne veux pas mourir ».

Pour vous, il y avait urgence à écrire ce livre ?
J’avais écrit un premier texte de 250 pages… et puis, Lionel Duroy est venu. On a tout repris. Au bout de quelques heures, je me suis rendu compte que j’étais complètement perdu si je ne finissais pas ce livre. Je me suis retrouvé au milieu du gué, et après c’est devenu juste une question de vie ou de mort pour moi. C’est la raison pour laquelle il démarre en disant : « Est-ce que les livres font des miracles ? J’attends un miracle de celui-ci »... et il finit avec cette citation de mon maître à penser indien : « Ce ne sont pas les cailloux qui vous ont fait tomber, ne les emmenez pas avec vous, votre sac sera tellement lourd que vous ne pourrez plus avancer ». Et j’espère que ce livre me permettra de vivre le dernier tiers de ma vie, plus léger ! C’est un livre qu’on lit avec les oreilles : on m’y entend parler…

Le livre existe aujourd’hui physiquement. Vous regrettez qu’il soit là ?
Quand j’ai débuté ce livre, je n’avais absolument plus aucun autre choix que de le finir au point que j’ai commencé à annuler des rendez-vous de travail. Ça devenait tellement trop fort ; pour moi, c’était impossible, je ne pouvais pas vivre ma vie normalement à cause de ce livre. J’avais ouvert tous les tiroirs de la commode, et je me retrouvais pendant l’écriture à regarder une compilation de tous les emmerdements qui m’étaient arrivé, c’était devenu insupportable…

 Votre mère est morte d’un cancer du pancréas, vous aviez un peu plus de 20 ans et ressenti ce départ comme un injustice…
… et encore aujourd’hui, je considère la mort de ma mère comme une injustice. Elle était l’amour de ma vie. Elle était une fontaine d’amour. Et quand cette fontaine a cessé de donner de l’amour, elle a brisé quelque chose en moi à jamais. Je vis toujours cette mort comme une injustice…

Vous évoquez souvent vos 14 ans…
Si une fée passait par là, je le demanderais de me faire revenir à mes 14 ans. Bon, d’accord, je lui demanderai aussi de faire en sorte que je n’ai pas d’acné juvénile, parce que, de ce côté-là, j’étais gâté- et c’était surtout pour moi la preuve de la non-existence de Dieu ! Mais oui, à 14 ans, j’étais milliardaire de bonheur…

 … mais un an après le départ de votre mère, c’est votre père qui est assassiné…
J’étais rodé. J’ai l’impression que je n’avais pas encore rangé mes habits noirs dans le placard. J’ai eu juste à remettre mon costume. J’étais simplement détruit- comme un animal qu’on a battu mais qui ne comprend même plus pourquoi on l’a battu. Donc, il se met à avoir peur de tout. J’ai été anesthésié pendant deux bonnes années. J’ai mis six mois à comprendre que ma mère était décédée, pas une larme, j’ai fait une dépression énorme. Six mois après, mon père part, ouais et alors…

 A l’assassin de votre père, vous avez pardonné…
Je lui ai pardonné très sincèrement depuis le premier jour. C’est un fait divers passionnel, dans le box des accusés le mec regarde ses chaussures. Manifestement, il nous demande pardon et moi, je lui donne ce pardon à fond. Parce que la violence contre la violence, ça ne fonctionne jamais. D’ailleurs, ma foi en Dieu me pousse parfois à faire des expériences un peu drôles : quand quelqu’un vous déteste, vous faites une prière très forte sur lui… c’est dur à faire, aimer les gens qui ne sont pas aimables. Mais si on arrive à faire cette prière, les résultats sont spectaculaires. Une fois que le feu est éteint, tout redevient possible.

 On a la sensation, à la lecture de Rire pour ne pas mourir, que vous avez presque honte d’être quand même un homme comblé…
Quand je dis tout ce que je dis dans ce livre, tout ces malheurs, eh ! bien, oui j’ai envie de me mettre des claques dans la gueule. Comment pourrais-je dire que je ne suis pas comblé ? je suis là, je suis vivant, j’ai écrit un livre qui sera reçu par beaucoup de gens. Je crois qu’il doit y avoir un réceptacle à mon histoire. J’ai une envie irrésistible de recevoir, et de voir de la compassion dans les yeux des autres pour l’idée. Quand on donne un sourire à quelqu’un, ça ne vous enlève pas votre sourire mais par contre le chagrin, quand on le partage, je pense qu’on en a moins… Et moi, j’essaie simplement de faire quelque chose de bien de ma vie, je n’ai pas d’autre prétention…

 
Propos recueillis par ©Serge Bressan

>A lire : Rire pour ne pas mourir, de Jean-Marie Bigard, avec Lionel Duroy. Oh ! éditions, 300 pages, 19,90 €.


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