INTERVIEW : Daniel PICOULY                         

Avril 2008

D.Picouly

Ah ! ce joli mois de mai. Ce mois où, paraît-il et si l’on en croit la sagesse populaire, fais ce qu’il te plaît. Donc, quarante ans déjà et un anniversaire en librairie avec une quarantaine ( !) d’ouvrages plus ou moins savants, plus ou moins légers, plus ou moins opportunistes… et un roman au titre inspiré : 68, mon amour. Signé Daniel Picouly. Un de ces auteurs qui, depuis de nombreuses années, nous enchantent. Et là encore, Picouly brille dans ce choc improbable de la journée du 29 mai 1968, une journée durant laquelle a disparu le général de Gaulle. A-t-il cédé à la rue et aux barricades ? Va-t-il abandonner le pouvoir ? Et puis, cette bande de jeunes avec le narrateur (étudiant appliqué en droit) et ses acolytes (Mademoiselle de ou encore le beau-frère éboueur Sergio, le couple Saint-Mexant et Nanette), jusqu’où vont-ils aller ? Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi… Rencontre avec un des meilleurs romanciers francophones.

Donc, vous aussi, vous n’avez pas pu résister ! Vous y êtes allé de votre livre sur Mai 68…
Mais, promis, c’est le hasard de l’édition ! Et pour ne rien vous cacher, je souhaitais qu’il soit publié en septembre dernier. Justement pour qu’on m’évite ce faux procès quasiment d’opportunisme !

Le livre est à peine sorti et l’accueil est unanime… Vous êtes surpris ?
Je suis content et étonné. Et en même temps, je crois que dans ce roman, j’ai évité ce qui m’inquiète toujours : la dérive du romanesque vers un linéaire simple. Je crois à la structure complexe, à une façon de mener les personnages et l’intrigue…

Comment y parvient-on ?
Je dis toujours que le secret de l’écriture, c’est le fessier ! Si vous êtes capable de rester assis dix heures par jour, vous avez déjà un tout pour l’écriture. Mais il faut aussi que cette écriture soit spontanée- et ça, ça se travaille ! Enfin, j’essaie d’oublier le livre que je voulais faire pour écouter celui que je voudrais faire.

Ainsi, le lecteur est au plus près des personnages, de l’action, de l’intrigue ?
Quand j’écris, j’ai un rapport synoptique et graphique à l’histoire. Je fais un plan. Je miniaturise, j’ai une caméra à l’épaule ; J’ai la méthodologie Google Earth- il me faut une histoire bien posée en terre. Alors, je situe sans décrire. Je travaille sur les mouvements et les déplacements, très peu sur les décors.

Alors, pourquoi un roman sur Mai 68 ? Plus précisément sur cette journée du 29 mai 1968…
Pour deux raisons. D’abord, une fâcherie avec mon père. Et ce sentiment de ne pas se comprendre- je n’ai pas voulu lui faire plaisir… Ensuite, de ce qu’on a appelé les « événements de mai 68 », ce 29 mai demeure la journée la plus romanesque, la plus emplie de mystères. Je voulais rendre le côté haletant de cette journée. Une journée qui se termine avec cette ultime image : à l’Elysée, le Général de Gaulle allumant la télé pour savoir ce qu’on raconte de lui. C’est hallucinant, cet homme qui est en train de faire l’Histoire est surtout inquiet de ce qu’on pense de lui !

Au fil des pages de 68, mon amour, vous ne cachez pas votre tendresse pour de Gaulle…
C’était un homme qu me parlait comme si j’étais capable de tout comprendre. Il parlait l’homme futur que j’allais devenir. En écriture comme en politique, il peut y avoir de la démagogie. Mais il y a des hommes qui font leur boulot d’élévation- ce boulot, de Gaulle le faisait bien. Je croyais en ces valeurs qu’il défendait. Je croyais qu’on pouvait s’élever… J’ai une grande révérence pour ces gens qui restent disponibles. Qui n’oublient jamais pourquoi et par qui ils sont élus. Ces hommes et femmes qui restent simples et disponibles parce qu’ils savent que les gens sont en devenir.

En 1968, vous aviez 20 ans. Quelles images fortes retenez-vous de ce Mai 68 ?
Le temps dont on disposait ! Le pays était bloqué, grève générale. On avait du temps pour parler en famille ou dans la rue. On parlait dans un Paris beau, limpide, sans voiture. C’était charnel, sensuel, le sentiment de liberté. Et puis, cette absence de bruit dans les rues- en dehors des barricades et des affrontements entre police et étudiants. Oui, de ce Mai 68, il reste des images charnelles. Mais en même temps, on savait que la vie, ce n’est pas ça. Qu’il faudrait retourner aux études, au boulot, à l’usine…

Quarante ans après, certains en France remettent en cause Mai 1968…
Une telle attitude, un tel débat est a-historique. Nous sommes le produit de notre histoire, et Mai 68 en fait partie. Que l’on soit d’accord ou non sur son impact, n’empêche ! la société dans laquelle nous vivons, et pas seulement en France, a été influencée par Mai 68.

©Propos recueillis par Serge Bressan

>A lire : 68, mon amour, de Daniel Picouly. Grasset, 418 pages, 19,50 €.

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